Maroc-Union européenne: accord de pêche, une mer calme

Published May 6th, 2002 - 02:00 GMT
Al Bawaba
Al Bawaba

Les relations entre le Maroc et l'Union européenne demeurent solides. Les enjeux sont trop importants pour que les deux parties se contentent d'un accord qui ne les satisfait pas. Du côté marocain, l'objectif légitime est de développer le secteur de la pêche, pour la communauté, il s'agit de ne pas perdre de vue l'importance socio-économique que revêt pour l'Espagne et le Portugal, tous deux comptant une importante population tributaire de la pêche. La possibilité d'accéder aux eaux marocaines seraient donc pour ces deux pays , une solution incontournables au plan social . Des négociations approfondies portant sur le contenu d'un nouvel accord éventuel ont commencé en octobre 2000 et depuis… c'est l'impasse.  

 

L'absence d'un accord de pêche est d'abord synonyme une occasion manquée pour les pêcheurs de l'Union. Au moment où il a pris fin, le 30 novembre 1999, l'accord de pêche avec le Maroc portait sur quelque 400 navires espagnols et portugais. D'accord pour un accord mais à condition qu'il soit équitable et équilibré. Que reproche-t-on au Maroc ? Le fait d'être devenu très conscient des conséquences nuisibles des accords de pêche. 

Il est normal qu'il exige des mesures pour éviter la surexploitation des mers et favoriser la flotte et l'industrie nationales. 

 

Lors de ses négociations avec l'Union européenne, le Maroc a adopté une approche plus structurelle. Cela n'a pas plu alors qu'il avait fait preuve d'une grande souplesse pour tenter de faire droit aux attentes et aux intérêts européens. 

 

Malgré les concessions accordées par les deux parties, plusieurs désaccords dans les points de vue s'imposaient pour ne pas dire qu'ils ne pourront jamais concilier. La première divergence concerne les conditions de pêche proposées par le Maroc qui, selon l'Union européenne, signifieraient la disparition économique des pêcheurs de la communauté. Et l'acceptation n'aurait-elle pas été suicidaire pour la pêche nationale, tant industrielle qu'artisanale. 

 

La seconde est le montant évalué quant à la compensation financière. Le volet financier a été envisagé d'un point de vue exclusivement économique. Tout laisse croire que l'on n'a pas tenu compte des considérations politiques telles que la nécessité d'entretenir de bonnes relations avec le Maroc au niveau politique. 

 

D'ailleurs, l'aspect mercantile et les intérêts de l'UE ont toujours dominé les accords. L'axe du développement de la pêche artisanale et la conservation des ressources, prévus dans la convention de Lomé, n'ont généralement pas été respectés et la contrepartie payée par l'UE est bien inférieure à la valeur réelle des ressources exploitées. Une étude de l'Institut Ifremer, qui a analysé le coût/bénéfice des accords signés par l'Union européenne avec des pays tiers, confirme que chaque euro investi génère 3 euros en retour. Ces accords sont à l'origine de 53.000 postes de travail (directs ou indirects) dont 72% se trouvent en Europe. 

 

En somme, tout en préservant le principe de la proportionnalité, l'Union européenne devrait être disposée à accroître la compensation payée pour la pêche pratiquée dans les eaux marocaines.  

 

Tout comme, elle devrait être disposée à accepter des possibilités de pêche dégressives pour la flotte communautaire de manière à aboutir progressivement à éliminer la pêche des espèces sensibles, telles que les céphalopodes et les crevettes. Cependant, personne n'ignore que si les négociations reprennent actuellement, elles seront sûrement délicates et difficiles. Et l'on espère que les négociateurs européens retrouvent l'état d'esprit sérieux et raisonnable indispensable à la négociation. La balle est maintenant dans le camp de l'UE.  

 

Par Latifa Cherkaoui 

 

(Le matin du Sahara et du Maghreb

 

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